"Ha ! Le grand bleu, c'est pas le film sur les fonds marins, un peu comme Cousteau ?" Il y a vingt ans, j'ai entendu
cette phrase lâchée au milieu d'une conversation sur le cinéma, un soir où je discutais avec des amies des sorties à venir... J'avais 20 ans, je vivais au bord de la mer, j'aimais la mer
plus que tout (c'est toujours le cas !), le cinéma, presque autant... J'ai "digéré" la phrase, gardé mon avis pour moi (je n'avais pas encore vu le film, juste des extraits..) et attendu le
lendemain.... J'ai vu... Je sais, ceux qui ont mon âge et plus auront un avantage sur les autres à la lecture de cet article ! Avoir 20 ans devant cette affiche, c'était déjà une
aventure...
Je ne suis pas allée seule voir le film. Nous étions trois amies. Des camarades de BTS, un peu déjantées, comme moi, voire plus, je pense
(avec le recul, je me trouve désespérement "normale" à cet âge-là...) ! Bref, pendant la projection, comme je le fais toujours, je ne parle pas, ou presque... (sauf lorsque je vais voir des
comédies -réussies !!!!-, je ris fort et je commente les bons jeux de mots ou les situations cocasses !)
Je n'ai pas pleuré au même moment que les autres... A la sortie, les commentaires de mes amies ont ouvert le feu... "Nulle la fin !
Comprend rien !" ou "Pourquoi il a voulu mourir ?" ou encore "Il avait une super nana et un enfant en route, pourquoi il a fait ça?" Deux décennies plus tard, j'ai encore
en tête leurs réflexions... Des trois, j'étais la seul à avoir été élevé dans un univers d'amoureux de la mer... Pêcheurs, marins... Les étés à la plage... sous l'eau... Je n'ai jamais pu discuté
du film avec elles. J'ai gardé pour moi le coup de poing au creux de l'estomac que j'avais reçu... Elles trouvaient Jean-Marc Barr craquant, je trouvais Jean Reno fabuleux...Notre ressenti du
film était en total décalage... Encore maintenant, quand j'en parle, j'ai des frissons... bleus.
Après des années de vie en Guyane, la mer bleue me manquait encore plus cet été... L'achat de combinaisons, tubas, masque, palmes, pour moi
et mon fils, m'a travaillé des semaines avant les vacances en métropole... Je crois aussi que j'attendais, inconsciemment, que mon fils ai l'âge pour comprendre qu'en dessous, au fond, on est
bien... aussi !
Mon fiston avait 5 mois à peine quand je l'ai lâché, au sens littéral du terme, dans le petit bassin de la piscine... Il est né ici, en
Guyane, et le matin, pendant des mois, fut consacré au rituel du bain... Pas en groupe du style bébés ageurs, non ! Un centre de loisirs à 10 mn en poussette (et oui !) de chez moi, et à 8 h 30
du matin, aucun client... Le soleil chauffe à peine, le petit bassin est en partie à l'ombre.. Un chapeau, un t-shirt, un maillot couche spécial et hop ! Jusqu'à 9 h 30, plouf.. Puis biberon,
rototo et dodo, dans la poussette transformée en couffin... Le premier bain... la trouille de ma vie... Une amie maître-nageur m'avait expliqué comment faire à l'époque, mais là, j'ai eu
peur... Mon fils a coulé, trois secondes, dans 50 cm d'eau et il est remonté... Il a ouvert les yeux, réouvert la bouche (les bébé ont le réflexe inné de l'apnée) et m'a regardé... Je
le soutenais sous les aisselles... et il a... ri... Le plus beau rire de bébé qu'il ai jamais émis... J'ai su tout de suite que mon fils aimerait l'eau... L'été suivant, en Bretagne, premier vrai
contact avec la mer, tout nu (le ciel était couvert, il ne faisait même pas chaud !) et direct à la flotte à quatre pattes... L'eau était à 18°, au lieu des 28° habituels de la piscine, mais il a
goûté les vagues (dans les deux sens du terme) et zou, un accro à l'élément liquide salé de plus sur la planète !
Depuis, les étés à la mer en Bretagne, la piscine quand c'était possible, et depuis bientôt cinq ans, le retour ici, en Guyane, le retour au
bassin de ses premiers mois, et les trois dernières années, la piscine de 8 m X 4 m dans le jardin... La plage de Rémire, dangereuse parfois, mais dont les vagues rappellent celles du Conquet
(voir photos de Guyane) de temps en temps... Mon fils est un poisson ! L'été dernier, équipés tous les deux, nous avons plongé...
Les laminaires l'ont effrayé, mais quelques minutes seulement... Les poissons, les crabes, les étoiles de mer, les oursins blancs, le vide de
plusieurs mètres sous les pieds, les descentes en décompressant... Tout lui a plu... Vous ne pouvez pas savoir à quel point j'étais fière et heureuse de lui transmettre cela...
Alors, non, "Le grand bleu" n'est pas un film de Cousteau (que je respecte par ailleurs infiniment !) ni un documentaire sur
les apnéïstes... RIEN A VOIR... C'est une histoire d'amour. Mais pas celle que l'on croit.
Il y a eu un avant et un après "Grand bleu"... Moi, personnellement, je ne suis jamais vraiment remontée...
" Ne pas remonter, c'est ça, l'astuce..."
Chacun trouvera (ou pas) des raisons très personnelles d'aimer (ou de détester) le film... C'est une oeuvre à tiroirs, et les ouvrir tous
prend des années... Je n'ai pas encore fini...
Vous avez compris, j'aime...
Claire