Dans la tempête, en habit de cérémonie !
Des sauveteurs comme Aristide Lucas sont toujours sur le qui-vive. Rien ne les
arrête.
Le 10 avril 1937, il mariait sa fille Rosemonde. (le premier mariage de ma grand-mère, qui n’avait pas encore fêté ses 17 ans, note de Claire) A 9 heures, tous les invités étaient présents dans la petite maison du quai, attendant le départ du cortège pour la mairie, puis pour
l’église.
Lui-même avait, il va de soi, revêtu son plus bel habit de cérémonie. Il était flambant neuf
de la tête aux pieds.
Tout à coup, des cris sur le port, puis l’appel de la corne d’alarme. Un navire en
détresse ! C’était le Notre-Dame de la Vallée, patron Désiré L’Hostis, du Conquet, en perdition devant la baie des Blancs-Sablons.
Aristide Lucas, plantant là tout la noce, ne fit qu’un bond, jusqu’au canot de sauvetage. Peu
après, celui-ci voguait vers la barque en péril qu’il sauva d’une catastrophe certaine.
Les sauveteurs et les rescapés ne furent de retour qu’un peu avant midi. Les mariages civil et
religieux eurent lieu avec un sérieux retard. Mais on n’en trinqua que mieux par la suite, avec la conscience du devoir accompli !
Quant à l’habit de cérémonie, il était, on le devine, en piteux état. Et jamais le patron
Lucas ne put remettre ses belles chaussures toute gonflées et détrempées par l’eau de mer.
De tels hommes honorent l’humanité. Ils sont, de leur vivant, un exemple pour leurs
semblables. Ceux-ci se doivent de garder pieusement, après leur mort, leur souvenir comme celui des meilleurs d’entre eux.
J.C., 16 novembre 1940
D'autre part, une grande résistante, Madame Yvonne Pagniez, a
consacré l'un de ses nombreux ouvrages aux pêcheurs et sauveteurs en mer. Elle y raconte dans un chapitre, et par le menu
(un peu romancé, il est vrai !) le mariage de ma grand-mère !
Pêcheurs des Côtes de France et Sauveteurs en Mer
Yvonne Pagniez
1977 - Editions Lanore